EDITO : PARTIR !

« Quand on a décidé de partir à la recherche de Dieu, il faut faire ses bagages, seller son âne et se mettre en route. La montagne de Dieu est à peine visible dans le lointain… A l’aube, il faut partir.
C’est un grand départ. Il faut dire adieu. A quoi ? A tout et à rien. 
A rien, car ce monde que l’on quitte sera là près de nous, en nous, jusqu’à notre dernier souffle, toujours aussi près de nous. Etant chassé et repoussé, il a bien des chances de surgir avec plus de véhémence à l’intérieur de nous-mêmes. A tout, car, en partant à la recherche de l’absolu, nous coupons les ponts avec tout ce qui pourrait nous en détourner, avec ce qui, en nous et dans les êtres, tend à former un corps d’opposition à l’action divine. Finalement ce qui est le plus dur à laisser, c’est ce nous-même, qui dans son besoin fondamental d’autonomie, s’oppose à Dieu.
La séparation finalement, n’est pas dans l’éloignement, mais dans le détachement. Il faut à tout prix empêcher notre personnalité de se replier sur elle-même, de se construire en face de Dieu une citadelle, où Dieu ne sera admis que comme hôte.
Qu’emporter avec soi ? Tout soi-même et rien de moins. Il faut mettre sur son âne tout ce qu’on possède et partir avec tout ce qu’on est, sa carcasse, son esprit, son âme, il faut tout prendre, les grandeurs et les faiblesses, le passé de péché, les grandes espérances, les tendances les plus basses et les plus violentes… tout, tout, car tout doit passer par le feu.
Dieu veut devant lui un être qui sache pleurer, crier, sous l’effet de sa grâce purifiante. C’est un humain que Dieu veut voir devant lui, sans quoi sa grâce n’aura rien à transformer. »

Yves Raguin, s.j. Chemin de contemplation
Père Franck